“Silhouette” (nouvelle)

Illustration “Silhouette” (nouvelle)

Crédit photo - Niels Smeets on Unsplash

A quelques a mètres du dernier cabanon visible du village bordant les côtes, je me souviens avoir aperçu une silhouette. Celle d’un homme à moitié écroulé à terre, marchant dans une direction inconnue, dans la pénombre d’un paysages l’accueillant à bras ouverts. Tel un piège, il avançait dans l’obscurité de la forêt.

La silhouette de l’homme me faisait penser à quelqu’un, une personne tant familière que des souvenirs me revenaient. Je n’avais qu’une seule envie, sourire, être heureux. Je n’avais pas envie d’agir et de guider cet homme vers une autre direction. J’ai laissé cet homme disparaître aussi lentement que le vent qui soufflait et qui lui permettait de tenir encore un peu.

C’était en plein hiver, la neige fondait un peu sur les ruisseaux. Le son de ces ruisseaux m’ont profondément marqués. J’avais l’impression que tout le temps c’était arrêté, en dehors de ce ruisseau et des arbres qui s’agitaient pour laisser de la place à l’homme, avant de ce refermer.

Les derniers pas de l’homme ne m’ont pas laissés indifférents. Le vent ne le tenait plus: il était écroulé au sol: mais bel et bien arrivé à sa destination qu’il désirait depuis toujours.

J’étais à la fois heureux que triste. Je ne sais pas à quoi ressemblait cette forêt, mais sa vision de celle-ci était très belle. Tandis que je m’arrêtais sur le visage qu’elle semblait vouloir donner, de l’extérieur, je restait aveugle de l’intérieur même de cette dernière. Je ne voyais pas toute une beauté que l’homme de la silhouette pouvait percevoir. J’étais heureux pour cela.

J’étais triste, car jamais je ne saurais si la forêt était si belle que je me l’imaginais par ces histoires. J’étais triste car il n’était pas seul à être écroulé au sol, abandonné par le vent qui cessait de souffler. J’étais triste parce qu’il laissait derrière lui des personnes qui rêvaient, comme lui. Triste car il abandonnait une partie de lui qui était pourtant si grande, magnifique, unique. J’étais aussi apaisé, parce qu’il n’avait plus besoin de se battre, de ne plus lever ces mains en direction des autres pour donner de l’amour à ceux qui le recevaient pour le consommer et l’éliminer. Apaisé, car il avait enfin embrasé son histoire qu’il refusait jusqu’alors. Une histoire qui devait se terminer, quoi qu’il arrive, dans la forêt.

J’étais soulagé d’être là, aux derniers instants. Je savais qu’il ne me voyait pas, il n’en avait aucune force de toute manière. Mais je crois que s’il m’avait vu, il m’aurait fait un signe de tête, pour dire merci, sans s’arrêter. Quoi qu’il arrive, quelqu’un était là pour lui. J’étais là pour lui, c’est le principal de cette histoire.

À un ami que j’espère revoir un jour. À un ami, tiré de l’imaginaire. À un ami, que j’aimerai vous présenter un jour sous un autre angle.