Interview du réalisateur Tom Wuidar avant le tournage de “Dégénérescence 3”.

Sur Kisskissbankbank, le succès est au rendez-vous: le tournage du troisième film de la série “Dégénérescence” va bien avoir lieu grâce aux 1895€ de récoltés à l’heure où j’écris ces quelques lignes (pour un objectif de 1800€). Dégénérescence est un projet que j’admire: aucun des deux premiers films ne m’a laissé indifférent après visionnage.

Avant le tournage qui commencera en août 2017, le scénariste et réalisateur Tom Wuidar a eu l’intérêt de quelques unes de mes questions qui m’étaient venues à l’esprit après avoir écrit mon premier article. Avec son accord, je vous propose d’entrer dans l’intimité de son univers.

Illustration Interview du réalisateur Tom Wuidar avant le tournage de “Dégénérescence 3”.

M. Bonjour Thomas, ou devrais-je plutôt t’appeler du nom de Tom Wuidar que tu utilises pour signer tes œuvres. Est-ce un pseudonyme pour t’exprimer sur le net anonymement (un peu comme moi) ou est-ce tout simplement comme ça, car plus court et plus simple à retenir ?

T. Ça remonte à loin en fait. Quand j’ai commencé à faire des sketchs a 15 ans , j’ai d’abord eu comme pseudo « Tom Gorman » ( y’a même encore un site qui me référence sous ce nom la, mais bonne chance pour le trouver ) puis « Tom Béranger » Béranger étant une référence à ce qui aurait dû être logiquement mon second prénom. 
 
Et j’ai grillé à la sortie d’Inception que Tom Bérenger était un acteur un peu trop connu pour avoir le même nom que lui. J’ai viré le « béranger » et j’ai remis mon nom de famille.

M. Je t’ai rencontré grâce à une convention sur Blois en 2015 et par la troupe “Pottermania” dont tu fais parti. Quand j’ai eu l’occasion de parler avec toi à cette convention, tu étais en pleine production du premier film empruntant le mot “Dégénérescence”. Finalement, je n’ai jamais eu l’occasion de te poser une question toute bête. D’où vient ta passion pour pour le cinéma ?

T. Figure-toi que c’est une question assez compliquée. 
La première claque que j’ai eue dans une salle de cinéma, je pense que c’est Star Wars 3. J’ai littéralement été scotché sur mon siège à 11 ans ( Tu le sens le mec qui a du mal de s’intégrer à l’école de cinéma quand tout le monde parlait de Scorsese, Wong Kar Wai ou bien Ken Loach ? ) 
 
Mais ce qui m’a donné envie de faire du cinéma c’est surement Edgar Wright et François Descraques, ce sont les deux réalisateurs qui m’influencent le plus. Même dans mes « Dégénérescences »

En même temps, c’est compliqué car cette passion doit aussi me venir quelque part des scénarii de Russel T Davies, des bandes son de John Murphy, de l’acting d’Ewan McGregor… Je pense tout simplement que cette passion me vient d’un tas de choses qui créent ensemble ce médium qu’est le cinéma.

M. Le premier film raconte l’histoire d’un homme atteint par la maladie d’Alzheimer. La manière dont tu traites ce sujet est très, très intéressant et je dirais même inattendu.

Pour moi dans ce film, la maladie prend une forme humaine dans l’histoire (par l’homme barbu et très mystérieux). Comme si elle se retrouvait sous une forme que l’on cherche à combattre avec beaucoup de mal. Est-ce une bonne lecture ou est-ce que l’homme représente pour toi quelque chose de totalement différent ?

T. Dans mes films, il ne faut pas voir le rôle de Benoit de Labie comme l’antagoniste. Il est le meilleur ami des personnages qu’il accompagne. Les antagonistes sont au final le reflet des personnages principaux. Mais il est vrai que je voulais créer ce personnage afin d’avoir une figure représentant mes peurs. Ce personnage-là, c’est ma manière subtile de briser un quatrième mur pour vous confier directement mes craintes.

Le premier film se décompose en deux parties: celle dans la réalité, celle de l’univers mental du protagoniste.

La réalité est tirée à 75% de réelles discussions que mon père ou bien moi-même ayons eu avec mon grand-père. L’univers mental, c’est quand je me projetais moi-même malade de l’Alzheimer, quelles seraient mes remarques. 
Voici les inspirations.

M. A l’origine, est-ce que tu voyais Dégénérescence comme un film unique ?

T. JAMAIS. À la base j’en voulais six. Je m’arrête d’ailleurs après trois, mais les trois autres sont écrits depuis deux ans. Je ne veux simplement pas les réaliser, car mettre ses peurs en projet, c’est toujours quelque chose d’épuisant moralement. Je ne me sentais pas de mettre ses peurs la en projet pour le moment. Peut-être à l’avenir. Mais après il est vrai, que je ne pensais pas que le premier plairait à autant de personnes, du coup je me disais : « J’en fais un, après je fais ma petite vie de monteur pénard. » Les retours ont fait que j’ai changé d’avis.

M. Tu vis par le monde de l’audiovisuel. Même si la présence des réseaux sociaux est très forte dans le deuxième film, je vois une “légère” critique de la télévision: la présentatrice d’un show télévisé très extrême est menée à bout par son producteur qui la force à commettre des actes horribles: sans doute pour l’audience ! Qu’est-ce que tu pourrais dire de cela ?

T. Je ne critique pas l’audiovisuel. Il serait très cynique de ma part de critiquer aussi virtuellement un média que j’utilise et que j’affectionne autant. Je critique la société et d’avantage les réseaux sociaux. J’ai eu l’image d’un clown dansant autour d’un mec attaché sur une chaise pendant un mois sans y mettre de propos. Puis ayant vu un lynchage autour d’une personne connue sur Twitter (suite à des accusations assez graves ), je me suis rendu compte que plein de gens l’insultaient uniquement sur base de la parole d’une personne sans réelle preuve (et que de l’autre côté, les fans de cette personne insultaient la personne lançant ses accusations, de folle, sans non plus la moindre preuve).

Dégénérescence 2 : The Biggest Loyalty Show montre ça. Les gens jugeant une personne juste sur une phrase dites par quelqu’un sachant user de démagogie. C’est pour ça que je n’avance jamais aucune preuve sur la culpabilité d’Eric Vanderkhove. C’est au spectateur du court métrage à faire son choix. 
 La justice populaire trouvera toujours un medium afin de déverser sa haine; j’ai juste fait le choix de la mettre dans un contexte audiovisuel (et ça a d’ailleurs été très longtemps une pièce de théâtre avant que je change ça en émission télé).

M. Quand tu m’as présenté Dégénéresence: The Biggest Loyalty Show, que tu présentais timidement comme la suite du premier, mais en disant aussi qu’ils n’avaient rien à voir. Les histoires traitent des “dégénérescences” totalement différentes par des histoires sans aucun lien à première vue: le premier, la maladie (dégénéresence du corps) et la deuxième, le manque de limite à la télévision (dégénéresence de la société). Puis à la toute fin, avant le générique, on découvre l’antagoniste du premier film avec son même dialogue mystérieux et les mêmes caractéristiques. Est-ce que le troisième film va lier l’ensemble des histoires ou confirmer l’indépendance de chacun d’entre elles ?

T. Il y a toujours eu un lien entre le I et le II, autre que la figure de la dégénérescence. Le III sera une nouvelle histoire indépendante du I et du II mais soulignera quelques détails qui lient les trois ensembles. 
Ça a été vraiment excitant de faire ce travail, de placer des points subtiles dans les trois. Assez subtiles pour que les trois épisodes se comprennent indépendamment, mais existant suffisamment pour donner davantage de sens à certains propos quand les trois sont liés.

Par exemple, chaque court métrage aura une dégénérescence différente mais une fois les trois courts métrages réunis, il y a une quatrième dégénérescence cachée. 
 J’ai pris du temps a écrire le 3, mais je me suis vraiment éclaté avec ces petits détails.

M. J’ai eu envie d’écrire un article tout de suite après avoir vu Dégénérescence 2, +qui peut-être lu ici. Tu l’as beaucoup apprécié je crois: je faisais état de quelques théories que tu n’avais jamais envisagé: ni toi ni-même tes équipes ! D’autres ont également vu le jour sur Internet. Est-ce qu’il y a des théories qui t’ont inspiré pour l’écriture de la conclusion ?

T. Je suis désolé de te décevoir, mais non. Tes théories ( et même celles d’autres personnes) sur la dégénérescence n’ont changé en rien l’écriture du III, car je savais l’histoire était depuis le départ, et je savais vers où j’allais avec la dégénérescence et un protagoniste plus discret de mes projets. Donc désolé ! La seule chose qu’ont changé certaines théories que j’ai entendues, c’est juste changer une ou deux tournures de phrase pour être bien sûr que les petits détails dont je te parlais soient bien clairs.

Et j’ai lue une théorie disant que la figure de la dégénérescence serait le père décédé de Tim dans le 1, je ne l’infirme pas, mais je l’aime beaucoup. Je vais juste teaser un peu pour les théories par l’indice le plus vague au monde: « Une dégénérescence c’est quelque chose de personnel ». “rires”.

M. Dégénéresence, c’est tout de même LE projet de ta vie, du moins jusqu’à aujourd’hui. Quels ont été les plus beaux moments que t’a permis ce projet ? Tes plus belles rencontres ? Qu’est-ce qu’il t’a le plus apporté humainement, personnellement et professionnellement ?

T. Le plus beau moment pour moi à chaque fois, c’est la veille du premier jour de tournage. Quand toute l’équipe (techniciens et comédiens) sont réunis ensemble pour la première fois. C’est rare que toute une équipe soit ensemble avant le premier jour de tournage. Et c’est des petits moments qu’on savoure. Surtout quand l’équipe est une bande de copains. On est tous contents de se revoir, on en profite, mais on sait que le lendemain on est partis pour bosser. 
 
Mes plus belles rencontres… il serait simple pour moi de dire celle de Benoit de Labie qui a toujours cru en moi et qui me soutient depuis 2013 dans ce projet.

Mais chaque membre de l’équipe technique a été une magnifique rencontre: si je devais en choisir une ce serait ma cadreuse, Alixe Mélis. On était en première IAD ( école de cinéma en Belgique) et on travaillait sur un tournage de fin d’année: elle était cadreuse, moi scripte. On s’entendait bien et lors d’une fin de journée elle m’a demandé si je pouvais être son scripte une journée pour un projet scolaire à elle. Ce à quoi je lui ai répondu que j’étais d’accord si elle venait cadrer mon court métrage. On a accepté tous les deux. Ça a été la première personne a qui j’ai prononcé le mot Dégénérescence. Et je pense pas qu’elle a dû griller dans quoi elle s’engageait à l’époque.

M. Il y a quelques jours, sur Twitter, tu annonçais arrêter de réaliser des courts-métrages. Le troisième “Dégénéresence” est donc une double conclusion non ? Pour la série qui se clôture. Et aussi pour toi: est-ce que tu arrête le cinéma ? Est-ce que quelque chose te décourage de continuer d’écrire et de réaliser des films comme Dégénérescence ?

T. Non j’arrête pas le cinéma. J’arrête de réaliser des courts-métrages. Ce qui implique une nuance :

Comme j’ai dit un peu plus haut mes “Dégénérescences” impliquent à chaque fois une plongée dans mes peurs et dans ce qui me rend mal. C’est pas évident à gérer émotionnellement. Et j’ai clairement, très clairement envie de réaliser une comédie en moyen métrage ( qui est déjà écrite ) avec mes deux comédiens fétiches au jeu. Après j’ai un autre film qui a failli s’appeler très longtemps : « Dégénérescence III–7% » pour uniquement s’appeler « 7% ». ( Misons une sortie en 2021. ) 
 
Le truc avec ma trilogie c’est que je dois placer ma figure de dégénérescence et la justifier. Avoir des contraintes pour écrire c’est bien, mais autant s’en retirer un maximum. Cependant je pense que la structure que j’ai développée avec mes Dégénérescences ( Donc deux mondes qui s’opposent radicalement, dans le II c’est la salle de théâtre et le “home” ; dans le II l’émission et la maison) est quelque chose que je risque encore de fortement développer à l’avenir. Je trouve les analogies souvent plus fortes que n’importe quelle réplique bien écrite.

M. Qu’est-ce que tu aimerais que l’on retienne de tout ce que tu laisses par ces trois œuvres ?

T. Qu’il faut raconter des histoires. De ne pas avoir peur. J’avais pas de moyens , je n’étudiais pas la réalisation, et je me suis lancé a 19 ans. Si vous racontez vos histoires avec vos tripes, il y aura forcément des gens pour les écouter.

M. Quelques questions plus personnelles. J’aimerais réaliser d’aussi belles choses que toi. J’ai écrit et réalisé des courts-métrages plutôt expérimentaux, pas forcément compris de tous mais qui m’ont fait énormément de bien et qui m’inspirent aujourd’hui à réaliser des choses totalement différentes. Comme notamment un film parlant de la confrontation de deux générations par la musique. Quels conseils me donnerais-tu pour mener à bien ce projet ? Quels seraient les conseils que tu donneraient à toutes les personnes qui aimeraient même se lancer dans l’audiovisuel ? Est-ce qu’il y a des choses, dans ton parcours, que tu regrettes aujourd’hui ?

T. Pour ton projet, j’ai juste envie de te dire de te lancer, de connaître ton sujet et de trouver l’angle original pour le raconter. Et pour les gens qui débuteraient dans l’audiovisuel, j’aime dire cette phrase qu’un jour François Descraques a dite : « Il ne faut pas que le manque de moyen soit un frein à la créativité ». Il faut raconter ses histoires, oser, se lancer. Réunir quelques bons copains, passer de bons moments avec eux et créer. Je suis prof en première année de cinéma depuis janvier, et je ne cesse de dire à mes élèves de créer. Non stop, créer créer créer.

Dans mon parcours audiovisuel, je ne regrette rien… La preuve : mes webséries de quand j’avais quinze ans sont toujours en ligne et crois moi, c’est mauvais. Même quand à dix-huit ans, j’ai voulu faire un long métrage et que je me suis planté au bout de 10 jours de tournage et que j’ai tout annulé, je regrette pas. J’ai appris de cette erreur.

M. Question toute bête, je connais personnellement la réponse. Mais je suis sûr que ta réponse servira à beaucoup. Pourquoi avoir lancé une campagne de Crowdfunding pour la réalisation du troisième film ?

T. Parce que c’est une conclusion, j’ai envie de mettre les moyens et je me suis dit : « Pourquoi pas tenter un crowd ? » et puis là on est parti pour sept jours de tournage. Je ne peux pas retenir bénévolement des professionnels de l’audiovisuel (car on à commencé a tourner ensemble en première année de cinéma, mais désormais nous sommes tous diplômés). Du coup, j’ai dû aussi trouver des moyens pour payer tout le monde. Le budget du 3ème film, est à lui seul le triple du 1 et du 2 réunis.

M. Jo, un pote avec qui je travaille sur mes courts-métrages est amoureux de +Clara Doxal, comme moi aussi d’ailleurs. Et pour tes yeux aussi, auront-nous le plaisir de la revoir devant ta caméra ? Reverrons-nous aussi d’autres têtes déjà connues des précédents films ?

T. Vous commencez à être beaucoup à m’avouer les sentiments que vous avez pour Clara. Y’a encore une semaine, on m’a demandé son numéro de téléphone. Et je m’adresse à toutes les personnes qui vont encore me poser la question : « La réponse est non. » 
 Petite anecdote, sachant que dans mon équipe de dégénérescence 2 il y avait deux-trois fans d’elle , et que des figurants venaient pour la voir, j’avais retiré son numéro des bibles de tournages que j’affichais un peu partout sur le plateau. 
 
Et malheureusement, non. Il en a été question tout un temps, mais Clara est en plein essor sur le web et même si elle aimait le scénario, le temps lui manquait pour s’impliquer dans le projet. Donc je suis triste car Clara est une personne incroyable sur un plateau de tournage et travailler avec elle en tant que réalisateur est un vrai plaisir. 
 
 Comme têtes connues vous retrouverez +Benoît de Labie, +Julien Rennaux ( Timothée dans le 1), +Florent Vaseur (le réalisateur dans le 2), Céline Dethier ( Charlotte dans le 2) et Renato Mulone ( le producteur dans le 2). Mais également une belle surprise. Bref, vous verrez. Mais pas de Doxal, ne pleurez pas…

M. Tu as toujours besoin d’un assistant réalisateur ? Le tournage approche à grands pas, il va débuter en août c’est bien ça ? Es-tu stressé ? As-tu hâte ? Qu’est-ce que nous devrions te souhaiter pour l’ensemble de la production ?

T. Je l’ai trouvé il y a peu !!

Je ne suis encore dans aucun état suite au tournage, je passe mes journées sur des docs, des excels, à faire des mails du coup je me rends pas encore compte. Les répétitions avec les comédiens commencent le 9 juillet, je pense que là, le stress arrivera. Et tout ce qu’on peut me souhaiter c’est que mon défi de me mettre en tant que comédien principal marche. Ce sera la raison principale de mon stress.

M. Prévois-tu une tournée dans les cinémas de France et de Belgique pour la diffusion du troisième film ou sera-t-il directement disponible sur le net ?

T. Aucune idée. Pour ça, je suis fort à saisir les opportunités au moment où elles se présentent !

M. Un dernier mot ?

T. Oui. Créez. Sans arrêt. Chaque personne qui crée avec les tripes, rends ce monde un peu plus beau.

Merci encore à Tom d’avoir pris du temps pour répondre à toutes mes questions, qui je l’espère, motiverons certains de mes lecteurs à créer à leur tour. Merci aussi à Alexandru Melinte pour son aide dans la correction de cet article !

Si vous souhaitez apporter votre soutien au projet, +l’appel au financement est ouvert jusqu’au début du mois de Juillet !