J’étais là, sur un banc. Cet homme face à moi.

J’étais assis là sur le banc dans le parc, attendant le couché du soleil. Attendant la fin de cette triste journée où rien de particulier, comme tous les jours, ne s’est passé. Je contemplait le lac qui se jette dans l’horizon inaccessible, un écouteur dans une oreille écoutant un vieux registre des années 70's et la deuxième oreille fixée sur les chants des oiseaux. J’ai vu du monde passer devant moi depuis ce matin: une jeune femme faisant du jogging, la vielle de la cinquième rue promenant son chien ayant un œil crevé suite à une opération bâclé d’un vétérinaire. Mais j’ai surtout vu cet homme là. Un homme ayant vécu de merveilleuses choses, je le vois au fond de ses yeux.

Illustration J’étais là, sur un banc. Cet homme face à moi.

Crédit photo - Hommage à Robin Williams

Son visage ne me parait pas inconnu. Sa longue barbe blanche dans la continuité de ses cheveux longs cache quelqu’un qui semble éprouver tant d’émotions. Ses rides le rendant âgé ne détruise pas la beauté dont il figure. Il est là, face à moi, regardant son chemin parallèle au banc sur lequel je suis assis. J’imagine, en voyant son visage, un homme rigoler à partir d’un simple “bonjour”, j’imagine sa voix de “Papa ours” commencer à enrichir sa famille, ses proches d’amour aussi grand que le cœur qu’il doit enfermer. J’imagine aussi un camarade de classe, toujours là derrière les autres pour les soutenir dans leurs tâches. Un camarade allant de l’avant, surmontant tout obstacle. Mais toute cette imagination ne surpasse pas son sourire qu’il fait en quelques fractions de seconde lorsqu’un homme d’une quarantaine d’année lui adresse un salut. Deux deux continuent leur chemin, je continue de suivre le visage de cet homme que j’aimerais à mon tour approcher. Un papillon passe près de son visage, il le regarde et tourne la tête en ma direction. Il remarque que je le regarde, ses yeux brillent et me laisse paraître une personnalité totalement différente. Sur l’un des poiles de sa barbe blanche est colorée par une tâche de désespoir, de profonde tristesse et de regrets. Son regard est seul, perdue dans des milliards de pensés. Il est tard, il continue son chemin en quittant du regard l’envol de l’oiseau. Je rentre chez moi, me couche confortablement dans mon lit et je regarde le plafond noir. Je repense alors à cet homme. Je l’ai souvent vu dans le parc quand j’étais enfant, il faisait rire tout le monde avec son nez de clown. Une fois même, il était déguisé en une femme gardant des enfants. Qu’est-ce que la bonne humeur transformait ce parc. J’ai hâte de le retrouver demain et de le remercier pour m’avoir fait rêvé quelques heures entières. Je me lève et me rassoit sur ce banc. J’attends, toujours et encore. Les heures passent, cela fait 24h que je ne l’ai pas vu. La nuit tombe, je sais qu’il ne passera pas là cette nuit. Les jours passent, et plus jamais je ne le verrais. Je me rend compte alors que cet homme à suivit jusqu’au fin fond du ciel l’envol de l’oiseau. Jamais, je n’aurais eu de nouveau l’occasion de le remercier. Je me lève du banc, je regarde mes mains douces, je n’ai que 17 ans et au lieu de rester sur ce banc à attendre que quelqu’un puisse me voir de la même façon que cet homme, je ferais mieux de profiter des nombreuses années qui vont arriver. Je regrette que personne n’ai pu voir la souffrance de cet homme, caché par un amour fort le rendant incroyable. Aujourd’hui, il est parti et le parc commence à ce remplir autour de moi. Je me lève, dépose quelques fleurs sur ce banc et je tourne la tête sur tous ces proches. Ils n’ont pas été là pour le soutenir, lorsque tout allait mal. Mais désormais, comme il ne reviendra plus, tout le monde le regrette profondément. De l’amour pour cet homme enveloppe l’oxygène qui nous entoure, j’espère qu’il ira au delà des étoiles et rejoindra Robin Williams. Il était trop tard lorsque j’ai appris son désespoir, hier, dans le jardin. Les souvenirs de le voir tout petit dans des histoires dont que d’infimes souvenirs restent au fond de ma mémoire, dont son visage et quelques grands sourires, resteront pour jamais au fond de mon cœur. Sa disparition est une triste nouvelle, mais tout aussi triste que sa situation émotionnelle. Je découvre alors que même connu de tous, la dépression n’est pas guérissable. Nous avons beau chercher le moyen d’être heureux, lorsque quelque chose nous a profondément blessé au point de nous détester et détester la vie que nous menons, la seule solution est de ne pas baisser les bras. Nous mourrons tous un jour, nous ne vivons que pour de minuscules instants, profitons de notre vie comme l’a fait cet acteur, comédien et chanteur aux heures perdues. Je retiendrais beaucoup plus de choses de son histoire héroïque à mes yeux.