L’expérience “Dans La Mémoire” — Chapitre 1

Clap de fin pour la première partie du tournage de mon court-métrage “Dans La Mémoire”. Après un week-end très intense passé dans des conditions particulières, c’est au chaud que je prend le temps d’écrire quelques lignes de cette première expérience cinématographique personnelle.

Illustration L’expérience “Dans La Mémoire” — Chapitre 1

Dans la mémoire” est aujourd’hui mon projet le plus ambitieux et difficile que j’ai eu à gérer. Ce projet m’est important: il me permet d’expérimenter mon écriture et d’explorer ma vision du cinéma. C’est également le projet qui m’a coûté le plus cher et qui m’a pris le plus de temps.

Première partie: Genèse.Tout a commencé en juin dernier, lors de la mise en ligne du court-métrage “Scored (Marqué)” qui fut ma première réalisation dans le cadre de mes études. Ce projet était soutenu par l’académie d’Orléans-Tours et par l’atelier cinéma du lycée. L’écriture était partagée avec Victor et d’autres amis, dont Valentin qui m’a également suivi dans ce nouveau projet “Dans la mémoire”. A la fin du mois de juin, j’étais touché par le manque d’être devant et derrière la caméra. L’ambiance de tournage m’était devenu une drogue que je ne pouvais plus me séparer. J’ai alors commencé à économiser pour écrire et réaliser un court-métrage complètement personnel, de ma propre initiative, de ma propre poche et de ma propre production dans les années qui viennent. Je voulais revivre l’aventure qui me permettait d’oublier tout ce qui me fait souffrir chaque jour.L’écriture a pris du temps. En décembre, je me suis lancé dans l’élaboration d’un script qui partait d’une fraction d’idée que j’avais réservé à mon projet de roman “Planitka”. Ce n’était pour moi qu’un exercice d’entraînement d’écriture de scénario. Mais, lorsque je suis arrivé au bout de la rédaction… j’ai senti que j’avais besoin de le mettre sur pellicule. J’avais besoin de parler, à ce moment. Je ne me rendais pas compte que ce court-métrage me permettait de parler de ce qui me faisait du mal, et qui continu de m’affecter encore aujourd’hui.J’ai alors fait le choix d’en parler à Valentin qui m’a dit: “on le fait”. Puis à des amis en qui j’avais confiance - ce qui devenait rare - de l’IUT et sur qui je savais pouvoir compter sur leur passion, leur motivation et leur intérêt.

Deuxième partie: Que puis-je retenir après ce premier week-end (éprouvant) de ce tournage ?

Si je peux me dire une chose, dans l’immédiat, c’est que ma vision du monde professionnel et sentimental n’est définitivement plus la même. J’ai appris sur moi et sur les autres. Et je sais que les prochains jours seront définitivement différents.Comme je le disais, “Dans la mémoire” est mon projet le plus ambitieux. Rien n’est terminé car il n’a pas dépassé le stade de production. Mais, je suis en mesure de conclure que jamais je ne serais allé aussi loin dans un projet que dans celui-ci qui m’a demandé près de 3 mois de préparation pour le tournage, qui me prendra en tout deux week-ends entier pour mettre toutes les scènes dans la boîte, et des mois de montage avant publication. J’ai eu la responsabilité de tourner pour la première fois dans les rues nuits et jours sans gêner les riverains, de gérer 15 personnes vendredi sur le tournage et de prendre soin à un matériel subvenu par l’IUT qui avait confiance en moi.

Je suis pour la première fois fier de moi. Je ne regrette aucune décision effectuée en ces trois jours. J’assume la responsabilité qui m’a été exigé. J’en ai beaucoup appris sur le tournage, sur les facettes sombres de l’être humain et de la véritable notion de l’amitié. Je me suis surtout amusé, et je garde de très nombreux et magnifiques souvenirs malgré tout.

Troisième partie: faire confiance aux bonnes personnes et savoir dire non est essentiel.

Ce projet représente une certaine valeur économique et de nombreuses heures de travaille. Plus tard, il représentera une valeur sentimental, il représentera une partie de ma vie. Quand un projet a une telle signification dans la vie de quelqu’un, je crois qu’il devient essentiel de prendre les choses en main et de savoir dire non. Et surtout de prendre des décisions à contre cœur.Je voulais réaliser “Dans la mémoire” en petit comité, c’est à dire avec les rôles essentiels pour tourner. Je savais avec qui travailler, et j’ai eu la chance d’avoir leur confiance et leur implication dont j’avais besoin.Les premiers temps, j’ai eu beaucoup de mal à construire mon équipe. Trouver les acteurs n’a pas été facile. Je me sentais seul, très seul. Puis, mes amis sont venus à moi. Plus nombreux que les rôles. Je n’ai pas sût dire non, j’ai trouvé des rôles pour tout le monde: des rôles plus ou moins importants d’ailleurs. Le projet devenait tellement important pour moi que j’avais besoin d’avoir tout cet entourage, également d’une grande valeur, dans ce projet. Mais, le fait de ne pas dire non, de ne pas écouter la raison au bon moment, me fait actuellement souffrir. Les choses se sont retournés contre moi. Je repense à la réunion de lundi dernier, où tout le monde était là, motivé. Je ne savais pas qu’à ce moment j’allais dire adieu à une partie d’entre eux.“Les réalisateurs ont souvent la réputation d’avoir un sale caractère, mais c’est peut-être aussi parce qu’au sinon ils ne pourraient pas mener un projet à bien sans se faire manger tout cru par leur équipe.” - me rappel mon professeur d’audiovisuel.Le tournage a été plus difficile que prévu par un mauvais temps qui m’obligeais de prendre en temps réel une très grande quantité de décisions pour mener à bien le projet. J’ai dû prendre en compte les conditions météorologiques pour moduler le planning du tournage et ainsi filmer le maximum de scènes du scripts, mais aussi le fait de n’avoir les acteurs que deux jours, de pouvoir profiter des éclairages publiques car le budget ne suffisait pas à investir dans des éléments d’éclairages portatifs. Pourtant, mon travail de pré-production a portée ses fruits. Je fut heureux de voir toutes les troupes motivées, derrière les perches, les parapluies, le matériel qui permettait de filmer… Mais cette joie n’a pu durer. Toutes les personnes les plus importantes pour moi de l’IUT étaient réunies. Elles étaient toutes là. Je fut l’homme le plus heureux du monde. Jusqu’au moment où j’ai réalisé que les choses n’allaient pas aussi bien…

L’équipe complète n’a été heureuse qu’aux premières heures. J’ai souffert de cela. C’est la chose la plus horrible qui peut arriver sur un projet pour un homme dont tout le monde croit et porte espoir en lui. J’ai alors réfléchi à les rendre plus utile, mais la réalité à son tour m’a dépassée.Je suis aujourd’hui en parti triste, un deuil va être à faire. J’ai déçu des personnes qui n’ont pas réalisé leur importance, qui ont cru faire peu de choses alors que leur contribution était minutieuse mais importante.

Dans un tournage, chaque rôle est important. Un rôle ne peux durer que quelques minutes, pour une présence de dizaines d’heures. Mais ces quelques minutes peuvent tout changer dans la qualité du rendu final.

Ceux qui se sont retrouvés malheureux n’ont pas sût comprendre leur importance pour moi. J’ai mal vécu la décision commune prise par un groupe de l’équipe secondaire, qui a cherché un échappatoire pendant quelques heures. J’ai eu besoin de parler de cela avec des professionnels de l’audiovisuel, qui m’ont dit que ce genre de comportement sur des tournages n’étaient pas possibles, pas acceptables. J’ai alors eu très peur, pour les jours suivants.Les conditions de tournage du lendemain ont été encore plus difficiles. Alors que nous étions toujours dans les rues à 2h du matin, j’ai annoncé à mes équipes que nous devions prendre une pause et reprendre le lendemain à 8h du matin. Cela n’était pas prévu, j’ai du discuter avec certaines personnes sur les modalités du tournage et réfléchir si j’avais besoin d’elles. J’ai eu toute l’honnêteté du monde pour prendre des décisions respectueuses. Mais cela n’a pas suffit.

J’ai craqué face à une impuissance ne venant pas de moi. Nous étions beaucoup trop nombreux, les choses ne pouvaient plus durer dans l’état. L’ambiance était trop mauvaise, des choix de réalisateurs ont dû être à faire. Mes efforts ne pouvaient suffire, ils n’ont pas été suffisant de l’autre côté. J’ai pour la première fois pensé à mon projet en mettant fin à des collaborations qui ne faisaient du mal pas seulement pour moi, pour le projet… mais surtout pour ceux qui n’étaient pas heureux. J’ai pris une terrible décision, mais elle a été essentielle. Elle n’a pas été comprise. Je n’ai pas laissé de seconde chance comme on m’a laissé la chance de laisser l’ambiance s’installer.

Quatrième partie: communiquer avec ses équipes est important. Certaines décisions peuvent nous faire souffrir, mais elles peuvent également délivrer.

La confiance s’était installée, entre l’équipe et moi. Nous avons commencé à prendre plaisir de tourner dès le samedi matin, le tournage est devenu un loisir, un bonheur pour tout le monde dans l’équipe. La nuit m’avait portée conseilles. Nous partagions tous nos idées. Les scènes ont été plus agréables à tourner le samedi et le dimanches, notamment parce qu’elles étaient plus dynamiques et nous traversions plus de décors. L’ambiance fut très bonnes, notamment par une plus forte implication de chacun. Nous avons trouvé un équilibre, nous avons commencer à jouer. Des caméos et des petites surprises vont pimenter le court-métrage !

Je regrette l’absence du groupe secondaire, qui ne pouvait être activement là pour diverses raisons personnelles. Mon cœur me disait de les accueillir, mais mon instinct m’en interdisait. La réaction face à ce choix m’a conforté dans la précédente décision d’ailleurs.

J’ai alors consulté mon équipe qui était d’accord avec moi: il fallait continuer dans cette lancée et suivre mon instinct.

Cinquième partie: écouter son instinct.

Une scène va être magnifique dans le tournage. Nous l’avons tournée samedi soir, elle a demandée concentration et rigueur. Cette scène, pleine de poésie, soufflait la bonne humeur. Nous avons eu l’aide d’un restaurant de Blois pour l’éclairage du lieu de tournage qui nous a procuré de fabuleuses images, dans un décors somptueux.

Je ne pouvais me permettre de tourner en équipe complète, car nous avions besoin de l’ensemble du décors disponible et d’une très grande rigueur. Mais, derrière mon oreille se trouvait un fantôme qui me chuchotait. La décision me hantais, je me demandais si ces équipes attendaient justement cette deuxième chance pour m’offrir à leur tour une chance. Visiblement, non.

Quand on croit en un projet, je crois qu’il faut parfois croire en son instinct.

Sixième partie: pensons à ceux qui vivent le projet de la même manière que soit.

Ce projet m’a donc éloigné de certaines personnes alors importantes pour moi. Mais il m’a surtout rapproché de nombreux amis qui étaient alors plus ou moins éloignés. Je fut heureux de retrouver Louis et Valentin, des amis d’enfances, qui ont fait un travail extraordinaire malgré leur timidité et leur peur pour le projet. Tiffany a jouée le rôle de la fille avec perfection, j’ai pu découvrir Mathieu qui a toujours été là, malgré de très mauvaises conditions de tournage. Théo et Jonathan n’ont presque pu effectuer leur rôle à cause des vents trop violents empêchant toute prise de son, mais il ont été là jusqu’au bout.

Le tournage a pris fin dans la bonne humeur, dans les temps et tout le monde fut heureux….

Rendez-vous dans les prochaines semaines pour la deuxième partie du tournage…

Cette expérience m’aura apporté beaucoup de réponses. Je fut ces trois jours différent: j’ai du faire preuve de beaucoup de capacités pour arriver au bout du planning de tournage. Je suis heureux de ce fin de week-end dans la bonne humeur. Mon envie d’en faire mon métier s’est encore une fois concrétisé. Je n’ai hâte que d’une chose: retrouver cette petite drogue ces prochains jours.