Bojack Horseman, comme quoi la vie ne fait pas de cadeaux

Allez, je suis enfin prêt pour vous parler d’une des séries qui m’ont le plus marqué ces dernières années. Quoi que, une chose est sûre : c’est ma série Netflix préférée. Dans cet article, je vais vous parler de Bojack Horseman. Croyez-moi Il y a tant à dire à son sujet…

Information spoilers: je vais surtout spoiler des éléments de l'épisode 1 dans cet article, sans quoi je ne pourrais positionner le contexte de la série.
Illustration Bojack Horseman, comme quoi la vie ne fait pas de cadeaux

Crédit photo - Bojack Horseman - Saison 3

Bojack Horseman est la toute première série d'animation pour adulte de l'écurie de Netflix. Elle a été créée par Raphael Bob-Waksberg (à la prod) et Lisa Hanawalt (à la table des auteurs) en 2014 et a eu droit à 6 saisons. En lançant le premier épisode, on sent immédiatement la pate artistique du studio par son animation et son style d'écriture. Ce sont aussi dès les premières minutes que notre corps rentre dans une sorte de bulle d'émotions multiples (comme si votre cœur allait être transporté dans un grand huit de joie et de tristesse) qui n'explosera plus jamais.

Bojack Horseman est une série reconnue pour être aussi drôle que dramatique. Si vous n'accrochez pas au dessin (chose que j'entends régulièrement) et que vous avez peur d'en ressortir démoralisé, faites confiance en la série et laissez-vous emporter par l'histoire.

Cette histoire est celle d'une ancienne star hollywoodienne. Bojack Horseman (Will Arnett - The Office), mi-homme mi-cheval, a incarné durant une décennie le rôle d'un père adoptif dans une sitcom à "La fête à la maison". Alors que tout allait bien dans sa vie, que toute une carrière d'acteur s'ouvrait à lui, tout s'est soudainement arrêté avec l'annulation du show à la fin des années 90. En 20 ans, jamais il s'en ai remi. Les enfants stars du show ont sombrés dans l'alcool et la drogue, il n'a plus d'amis ni de famille. Son agente appelée Princesse Caroline (Amy Sedaris) ne sait plus quoi faire de lui. Bojack passe son temps à revisionner l'intégral de la série en compagnie de son coloc (plutôt squatter) Todd (Aaron Paul - Breaking Bad). Cependant, dans l'épisode 1, il décide de se ressaisir en écrivant une autobiographie. Il fait alors la rencontre de Diane (Alison Brie - Community) pour l'aider à écrire son livre mais qui deviendra par la suite sa meilleure amie.

Cela fait extrêmement longtemps que je n’ai pas eu un tel coup de cœur du côté de Netflix. Le dernier en date c’était The OA qui a été annulé après deux saisons. Ces deux séries n’ont strictement rien à voir, mais elles ont toutes les deux représentées un risque indéniable pour le service de streaming. Elles sont aussi uniques l’une de l’autre, n’ont jamais perdu leur authenticité tout en s’égarant parfois le temps d’un épisode pour explorer des concepts vu nul par ailleurs à la télévision ou au cinéma.

Ce qui m'a vraiment attiré dans la série, c'est que ça se passe à Hollywood. La série nous fait entrer dans le quotidien de stars fictives issues du monde de la télévision et du cinéma. Nous rencontrerons d'ailleurs de très nombreux guests comme Dave Franco, Paul McCartney, Daniel Radcliffe. D'autres noms bien connus de tous seront également cités au fur et à mesure des saisons, comme Elle Fanning.

Ce qui est très fort, c'est que cet univers du cinéma paraît extrêmement crédible alors que… les animaux sont humains (les paparazzis sont des oiseaux qui fouinent partout), ils vivent mélangés aux humains et il n'y a strictement aucune règle biologique (Princesse Caroline qui est une chate, rencontre une souris et ont des enfants hérissons) ! A première vue, la série se fout complètement de l'apparence des personnages. Qu'ils soient humains ou animaux, peu importe. C'est le caractère et la personnalité qui compte. Cependant, en regardant d'un peu plus près, on peut au contraire se rendre compte que les personnages sont conçus minutieusement. Princesse Caroline qui est très stressée va souvent avoir ces poils qui s'hérissent par exemple, ou ses griffes qui vont régulièrement sortir lorsqu'elle est énervée. Les règles de l'univers passent très rapidement inaperçu et permettent de jouer sur l'humour et la satire de l'humain ainsi que de l'univers d'Hollywood. Ou dirais-je plutôt, de l'univers d'Hollywoo, car Hollywood prend tellement cher dans la série que la colline fini même par en perdre une lettre.

Moi qui voulait d'abord voir une série qui parlerait de cinéma, j'ai véritablement été servi. Entre la guerre de Bojack et de son alter-égo et concurrent Mr. Peanutbutter (Paul F. Tompkins), un acteur qui vole littéralement la vedette à l'homme cheval; les travers de la production de la sitcom; le travail acharné de Princesse Caroline; les projets que Bojack parviendra à trouver... un tour complet du showbiz est fait. Avec légèreté, familiarité, extravagance et énormément de satire, cet univers est impressionnant de détails et permet d'en apprendre beaucoup de ce monde si éloigné de tout.

Si vous avez entendu parler de Bojack, vous avez dû lire que cette série parlait de la dépression. Et c'est tout aussi vrai et c'est le moment d'en parler. Bojack est un personnage arrogant, dépressif, nostalgique et alcoolique. Dans cet univers qui vous fera aussi bien sentir, vous allez vous accrocher à Bojack et c'est là où va se former la bulle. Pendant 6 saisons, vous allez suivre ces démons: le manque d'amour maternel, le fait d'avoir fait du mal à Sarah Lynn (je vous laisse découvrir le personnage - Kristen Schaal), le fait de ne pas réussir à créer... Vous le verrez luter contre la destruction de lui-même et de son entourage. Mais vous le verrez aussi rebondir comme jamais, avec une telle force et un tel courage, vous le verrez atteindre ces rêves. D'un épisode à un autre, c'est ainsi que le grand-huit émotionnel se fera.

Vous verrez aussi ce monde d'Hollywoo(d) évoluer autour de lui. Car au travers de ce personnage, de grandes questions et problématiques de notre société sont évoquées et étudiées. Certains sujets tels que le sexisme, l'harcèlement sexuel, l'harcèlement moral, la discrimination... vont être traités en profondeur. La saison 6 va énormément vous faire penser à l'affaire Weinstein alors que l'arc narratif est amorcé dès la saison 1.

Bojack Horseman est une leçon d'écriture et de vie. Le parti pris de mélanger des humains et des animaux pour ne faire qu'un permet aussi à la série d'évoquer ces sujets et de mettre tous les personnages à un pied d'égalité.

J'ai en tête des scènes absolument dramatiques (plus précisément, des projections de souvenir de Bojack). Mais j'ai aussi à l'esprit le fameux épisode muet se déroulant sous l'eau, tellement beau et poétique. Cette série fout des claques. Chaque saison, une claque est foutue à coup sûr au travers d'un épisode absolument marquant. Ces épisodes là prennent un tout autre virage et vous donneront l'impression d'être déconnecté du monde. En général, le mieux est de fermer les volets, mettre un casque sur les oreilles et se laisser transporter.

Si vous doutez de la fin, n'ayez aucune crainte. La fin est selon moi à la hauteur de la série. Bien que l'on sent que les auteurs ont été pris au dépourvu, devant clôturer l'histoire plus tôt que prévu, la deuxième partie de la saison 6 est un bouquet final.

J'espère que cet article vous donnera l'envie de passer vos craintes et d'au moins regarder la saison une. Bien que le casting de la VO est exceptionnel, la VF est tout autant excellente pour avoir suivi un petit bout ! Cette série reste de niche, et je conçois que malgré mon enthousiasme et ma passion, beaucoup n'accrochent pas malgré tout. C'est peut-être aussi pour cette raison que je me suis tant impliqué dans le récit, en me disant que finalement, elle était à moi.

En clotûre, pour ceux qui ont déjà suivi l'intégralité de la série, le 31 janvier 2020 après avoir découvert l'ultime épisode, j'ai eu besoin d'écrire ces quelques mots. Bien sûr, spoilers !

La vie ne fait pas de cadeau, annonce Diane à Bojack. Tous deux assis sur le toit, c'est alors que tout s'arrête. Avec ces mots, la nouvelle Diane laisse une dernière fois le nouveau Bojack seul avec ces démons, son passé, ces doutes, sa douleur et son espoir. Deux regards, une caméra qui se lève vers le ciel pour laisser place une dernière fois au générique. Telle Diane, la série me laisse une ultime fois avec mes démons "à moi". Je suis désormais seul à devoir y faire face et à m'en sortir à mon tour.

Illustration Bojack Horseman, comme quoi la vie ne fait pas de cadeaux