Chapitre I : Tempête de poussière

Archives d'une histoire abandonnée

Illustration Chapitre I : Tempête de poussière

Les rayons du soleil n’éclairent qu’à moitié le visage du jeune garçon étendu sur son lit depuis des heures. Observant les dégradés de bleu et les taches blanches au travers de la petite fenêtre ronde située au-dessus de lui, Vallen a toujours été rêveur. Pour lui, la vie se résume d’être une longue poésie dont les mots lui viennent par les émotions qu’il ressent à chaque instant. Observer ce qu’il se trouve au travers de la seule ouverture du grenier qui fait office de sa chambre lui permet de vagabonder avec ses amis imaginaires dans un monde totalement différent du siens. Pourtant, les dieux savent à quel point il aime son monde, appelé depuis les légendes les plus anciennes : Planitka. Le ciel s’assombri, l’après-midi s’achève. Le bleuté devient rougeâtre. Si le temps lui permettrait, Vallen n’hésiterait pas à prendre sa plume favorite et son encre bleue pour écrire son aventure imaginaire qu’il s’imagine depuis de nombreuses heures. Vallen est l’aîné d’une petite famille qui vie très heureuse, malgré le handicape de son frère. Il est impossible pour notre jeune garçon d’imaginer un monde sans couleur, entièrement noir, sans perspective ni tout autre représentation dimensionnelle. Les zones du cortex d’Oliver liant le touché et la vision sont inactifs. L’imagination de Vallen lui permet de capter une représentation indescriptible du monde. Aussi indescriptible que l’amour de ses deux frères dont leurs naissances ne sont séparés d’à peine de quelques mois. Vallen aime écrire des textes entiers pour son frère, qu’il partage le soir ou en temps pluvieux par des lectures.

Le ciel rougeâtre se reflète sur le grand lac du village, bordé par la forêt qui s’étend à des kilomètres. Au bord de ce lac, la fête se prépare pour l’anniversaire du plus sage du village appelé comme une légende. « Le Vieil Homme » s’apparente pour Vallen comme un sorcier, conteur d’histoires et de légendes de Planitka. Comme pour toutes les autres années, cette fête est un évènement important dans le cœur du garçon. Dans les foyers tous superposés les uns des autres, chaque membre de la communauté prend soin de se préparer pour le banquet auprès du feu. Depuis prêt de cents cinquante ans, la coutume du village isolé du reste de Planitka est de se rendre le plus beau possible. Le reste de l’année, les habitants portent régulièrement les mêmes habits et ne les changent que rarement. Ils se lavent dans la rivière, pour ne pas empester tout au long de la journée, mais ne peuvent pas se rendre chez un couturier par manque de monnaie. Les parents de Vallen sont parmi les plus pauvres du village, bien qu’ils soient des plus appréciés. Notre rêveur attend patiemment jusqu’au retour promis de sa mère face à la fenêtre. Alicia Auclair est l’une des femmes les plus délicates au monde, du moins aux yeux de son fils. Quand l’occasion se présente, elle est là pour réaliser des gâteaux pour le reste du village. Elle le fait avec amour même si cela lui permet d’apporter quelques pièces au foyer. Oliver surveille par l’odeur et le son du four solaire que les gâteaux pour la soirée soient enfin suffisamment cuits, assit dans la cuisine à côté de son père épluchant les pommes de terre et les poireaux pour la soupe du lendemain au soir. Tournant un peu la tête, il reconnaît les pas de sa mère de retour. Tout excité que son frère, il réalise en joignant d’une manière précise ses mains pour imiter le bruit d’un oiseau. A ce bruit, Vallen compris instantanément que le choix de sa tenue était fait et qu’elle l’attendait au bout des mains de sa mère. Après avoir quitté soudainement le regard du ciel pour descendre les escaliers craquelés, il dévale à toute vitesse de bout en bout de la maison vers la cuisine. Alors qu’il s’attendait à un grand sourire sur le visage de sa mère, la déception et la peur lui montât au creux de sa tête. Son visage devint pâle, son sourire d’il y a à peine quelques minutes disparaît pour exprimer son inquiétude.

- Les enfants, je suis désolé, commença celle qui était de retour à la maison. Elle tend les mains en direction du reste de la famille avant de continuer : - Je vous ai trouvé de magnifiques vêtements à l’autre bout du village. Alicia tourna la tête en direction de la boutique de Monsieur Cricolas pour illustrer ses propos. Avec votre père, nous pensions que le brouillard de poussière s’était définitivement dissipé de Planitka. Mais tout le monde au village est inquiet, car les animaux réagissent comme autrefois. Il faut de nouveau se préparer à vivre des heures sombres. Un marcheur à même analysé des vents anormaux à une dizaine de kilomètres au cœur de la forêt.

Le Vieil Homme du village raconte parfois aux plus jeunes que le brouillard de poussière et de sable était considéré comme une catastrophe pour l’ensemble du village qui ne vie principalement que par l’agriculture et les échanges de produits qui viennent des abords de Planitka.

Planitka est une immense terre composée de plusieurs villages de cultures et de coutumes différentes et variées. Les forêts sont plus nombreuses que les étendues d’eau. Planitka n’est pas une unique petite planète. Son cœur est entouré de plusieurs autres petites sœurs scintillantes de plusieurs couleurs à la vision extérieure. Les gravités de chacune leurs permettent depuis toujours de les maintenir à une distance toujours égales. Au cours de la petite vie de Planitka, les petites planètes ont épousées des formes irrégulières, s’entremêlant. Les rivières déstabilisées forment de magnifiques cascades permettant aux différents villages d’échanger des biens. Les arbres les plus majestueux ont aussi pu s’entremêler et créer de très grandes lires servant comme des échelles pour les êtres des différents lieux.

Un ancêtre de Vallen vivait sur un l’un des abords de Planitka. L’eau était très fertile, très claire et très nutritive pour les poissons qui y vivent. C’était un pêcheur, un très bon pêcheur. Son grand-père a rencontré une certaine Leila Roudard. Leila était une fille d’agriculteur du village que nous connaissons. Elle profitait de la vie, comme certains qualifierait son amour pour la nourriture. Mais au-delà de cette dépendance tenant de la famille, elle avait un visage très charismatique qui témoignait de sa gentillesse et de sa douceur. Ce trait se retrouve encore aujourd’hui, même après sa mort et des générations suivantes, dans la personnalité de sa longue descendante Alicia. La rencontre entre les deux tournerons n’était au départ un accident. Une malchance qui n’a pu être surmonté par le grand-père de Vallen grâce à l’espoir.

Des moments ont été difficiles sur les terres et planètes de Planitka. De douloureux affrontements détruisaient inutilement parfois des tributs entiers. La vie à Planitka n’a jamais été une chance. Les affrontements entre les villages ont été très meurtris au 4509ème cycle trilunaire (un cycle trilunaire correspondant à un croisement des 3 lunes de Planitka). On raconte que le plus grand affrontement était entre les Heukros et les Protkos. Ces deux villages se situaient à un peu moins de 45 kilomètre, ou plutôt à l’échelle de Planitka de 78 Pieds-de-Digris. Suivant la culture commune des deux tributs, les filles et les fils de chaque chef de tributs devaient échanger un baisé et s’entre tuer par la suite pour témoigner d’un respect de l’un envers l’autre. Un amour naissant véritablement entre la fille du chef Heukros et le fils du chef Protkos, aucun des deux n’a pu faire le geste final conduisant à un terrible affrontement. Dans chaque coin du monde, les lacs de Planitka perdaient de leur couleur bleue–couleur du ciel et de la joie–pour des nuages rouges de peur et de chaos. Ces filles et fils sont les ancêtres de Vallen. Le nom du village de Vallen était donc autre fois « Heukros ». Ce village a perdu toute identité à la suite de la défaite de l’affrontement. Des traces de cet affrontement qui date de 87 cycles trilunaires se retrouvent encore dans le village qui a su se reconstruire depuis. Cette reconstruction rejoint une autre histoire du Vieil Homme. Une histoire qui a conduit bien plus d’ennuis aux Heukros. La famine a été le résultat d’autant de conflits. La tribut qui était grande a perdu de son importance, même s’elle a réussi à survivre et à se redévelopper.

Les tempêtes de poussières sont aussi douloureuses à vivre et résister que tous les conflits de l’histoire de Planitka. Lorsqu’une telle catastrophe survient, l’ensemble du village est plongé dans une nuit où seulement quelques rayons du soleil ne peuvent passer. Les longues nuits interminables plongent la vie dans un immense paysage sombre. Les fleurs et arbres ne peuvent plus respirer, comme chaque être vivant qui se trouve sur le passage des tempêtes. Tout le monde reste enfermé chez soit pour ne pas être habillé de rideaux de poussières très grattant et noir. Les parents de Vallen se souviennent de la dernière fois. Vallen était encore dans le berceau, Alicia ne tardait pas à accoucher d’Oliver. Le chaos semait la panique partout entre les habitants qui ne pouvaient plus communiquer, par les rues vide de toute joie. Ces lamentations du dieu Digris rendait tout travail impossible. Et toute agriculture impossible aussi. Bien que Vallen fût jeune, il se souvient de cet évènement marquant. Pouvoir admirer le ciel au travers de la fenêtre située au-dessus de son lit et apercevoir les autres villages lointains où il ne pourra jamais s’aventurer est pour lui une très grande chance.

- Mais ne vous inquiétez-pas. Nous avons réussi à survivre avec votre père quand vous n’étiez encore tout jeune.

Le père s’approcha d’Alicia pour lui échanger un baisé qui la réconforta. Oliver ne partage aucun souvenir avec le reste de la famille. Il n’était qu’un jeune bébé n’ayant pas encore montré ses signes d’handicape. Lui seul, par son inconscience, savait que jamais il n’allait pouvoir ressentir la matière des objets ni voir toutes les couleurs de la vie. Mais il entendait avec détail les cris de chacun des individus à des kilomètres. Il sentait la peur, le désespoir par les battements de cœur de chacun. Cela se témoignait par ses pleurs, de jour comme de nuit. Puis la tempête est allée un peu plus au nord, pour effrayer d’autres villages. Vallen était très triste lorsque la famille avait appris qu’Oliver souffrait d’une maladie grave et incurable à Planitka. Il s’inquiétait que son frère ne pouvait pas voir de ses propres yeux ou sentir de ses propres mains la beauté si complexe du monde. Les deux frères ont grandis suivant les histoires qu’ils se racontaient entre eux. Chacun voit désormais le monde par deux formes de langages différentes qu’ils se partagent secrètement par ses histoires. Oliver est inquiet. Il ne veut plus ressentir la tristesse du monde par cette tempête. Si la famille a toujours su se sortir des moments les plus dramatiques, c’est en relativisant. La tempête va mettre de nombreux couchés et levés du soleil avant d’atteindre le cœur du village. Cela laisse le temps à fêter l’anniversaire du Vieil Homme. Les deux frères prennent leurs nouveaux vêtements respectifs des mains de leur mère.

L’habit de Vallen lui est un peu trop grand. Selon Alicia, sa tenue va pouvoir être réutilisée pour au moins 1 demi-cycle ! Ses nouvelles chaussures sont un peu plus confortables que celles qu’il porte tous les jours dans le village. Composées de feuilles de Jinqual–un arbre très robuste de Planitka dont le bois peut servir de charpente aux habitats et les feuilles pour le textile–se superposent pour épouser la forme des pieds de celui qui les porte et permettent ainsi à la fois aux pieds à de transpirer mais aussi d’être protégés. Ces feuilles sont beaucoup utilisées pour des rendez-vous très importants dans les villages. Lorsque les chaussures sont portées, elles se mettent à briller comme s’elles entraient en communication avec le corps. Les feuilles de Jinqual ont toujours impressionnés le grand garçon de la famille. Ses chaussures actuelles sont déjà composées de celles-ci, mais les feuilles ont séchées et il est devenu impossible pour Vallen de les hotter. En séchant, les feuilles perdent toute beauté : elles passent d’une texture légère de couleur noire et brillante par d’autres multiples couleurs correspondants à la personnalité de l’être à une peau morte, jauni et crispée. Vallen rêvait de nouvelles chaussures depuis longtemps. En les prenant dans les mains, il s’imagina les chaussures de ses aventuriers favoris. Vallen aime tout aussi lire qu’écrire. Il aime suivre les aventures des plus grandes légendes de Planitka et partir à la découverte de tous les secrets de son petit monde. Il imagina des chaussures pouvant résister à tous les temps, à tous les terrains. Lui permettant de courir vite avec légèreté. Mais rapidement, il oublia la raison de ce cadeau familiale : l’anniversaire. Alors, il pensa à quelque chose de bien plus sobre, de simples contours sombres aux plis des feuilles et entourant ainsi la forme de ses pieds. En enfilant ses chaussures, il remarqua que son imagination était plus débordante. Les feuilles ont suivi ce qu’ils voulaient vraiment, un simple mélange de toutes ses idées.

Son pantalon est fait d’un mélange de tissu. L’on peut retrouver au bas les feuilles de Jinqual qui disparaissent progressivement jusqu’au bassin. Le bas s’adapte aux motifs des chaussures pour préserver une cohérence avec toutes les pièces de son habit. Globalement, Vallen sera vêtit en noir et en blanc. Sa veste est faite de plusieurs plis et de plusieurs tissus joints. La coutume veut également de placer dans l’un des plis–servant également de poche–un pétale bleu symbolisant la paix entre les tributs de Planitka. Vallen est très heureux de cette tenue qui semble lui aller à merveille, bien qu’elle soit un peu grande.

Celle de son frère est un peu plus modeste. Elle semble même avoir été déjà portée par quelqu’un. Il n’a pas de nouvelles chaussures, car celles qu’il porte habituellement sont encore en bon état et sont encore agréables à porter suivant les remarques d’Oliver. Il n’est pas jaloux de son frère : il y a deux anniversaires, c’était à lui d’avoir ce cadeau. Cette fois, c’est naturellement au tour de l’aîné. L’an dernier, Alicia était chargée de l’organisation de la fête d’anniversaire avec ses deux amies du village. Nolan leur père était gravement malade, et n’avait pu venir au banquet. Ils ont dû se débrouiller seuls pour trouver quelque chose à la hauteur de l’importance de cet évènement dans leur garde-robe. Avec l’aide de sa mère, Oliver lève les bras pour pouvoir enfiler le haut de la tenue de deux épaisseurs : d’un tissu très léger et d’une veste du même textile de feuille de Jinqual.


Les deux frères beaux tous deux, Alicia quitte discrètement la cuisine pour s’occuper un peu d’elle. Elle portera cette fois encore une magnifique robe de soi rouge rayonnante qui avait rendu amoureux le père de la famille lors de leur toute première rencontre. Nolan est très heureux de ce qu’est devenue sa famille qui a bien grandi depuis le premier souffle de Vallen. A la naissance de son premier fils, le couple avait fait intervenir le docteur du village qui avec des combinaisons de différentes plantes pouvaient prédire l’état de santé futur du garçon. Lors de son premier pas, l’homme au grand habit blanc, la tête large de hauteur et avec un nez très grand pointant vers le bas de sa bouche senti dans le cabanon en bois du jardin de la famille où Alicia avait mis au monde quelque chose de très sombre et qui n’allait pas. Observant le regard de cet Homme, les deux parents ont échangés des regards où l’on pouvait sentir une très grande inquiétude. L’homme voyait dans les yeux clairs de Vallen une très grande tâche blanche, aveuglante. Malgré tous les signes de ces pierres magiques, il n’arrivait pas à réfléchir sur son avenir. Dans cette tâche se trouvait une ombre venant de l’extrémité de gauche du nouvel enfant. Cette tâche d’ombre venait de son père alors en très bonne santé. Le docteur ne voulait rien dire et garder à jamais le secret que contenait cette ombre. Monsieur Empédocle s’était donné la mort quelques temps après, ne pouvant alors venir à la naissance d’Oliver. Entre temps Nolan est devenu gravement malade, l’obligeant à passer la plupart du temps au lit pour calmer la douleur. Les plantes ne suffisent pas à le rendre heureux, mais l’amour porté par ses enfants et par sa femme lui permet de survivre.


Pour la première fois depuis un cycle trilunaire, il pourra participer au banquet. C’est un jour vraiment important pour toute la famille. En cette nuit, tous les problèmes seront oubliés et brûlerons dans le feu de joie du village entier.