La décennie qui m'a vu grandir

Tandis que l'heure est venue de se replonger dans les meilleurs souvenirs de cette année qui se clôture, l'heure est aussi venue pour beaucoup de reparcourir l'actualité, le cinéma, la musique, le théâtre, nos rencontres et nos aventures de cette dernière décennie. Pour la part, il est temps de prendre du recul sur ces années 2010, celles qui m'ont vu grandir.

Illustration La décennie qui m'a vu grandir

Je me souviens encore être dans la voiture un matin très tôt avant d'aller à l'école, tenant dans mes mains un dépliant d'Allociné. Ce petit papier jaune n'était pas vraiment dans un bon état. Il sortait de ma poche et ça se voyait ! Ce petit papier qui présentait les prochaines sorties et prochaines séances ciné témoignait déjà de ma passion pour les toiles blanches des salles obscures. Il y avait en gros le numéro de téléphone pour avoir plus de renseignements. Puis venait ensuite la date, Mars 2007. Le temps passe tellement vite mais ce souvenir reste intact. Ma culture, mes goûts, mes envies se dessinaient par-ci par-là. A l'époque, je voulais devenir soigneur animalier. Et paradoxalement, c'est cette même année que j'ai réalisé mon premier court-métrage en 4/3 et en qualité 360p. Incroyable pour moi à l'époque, mais je vous déconseille de le voir. Vraiment !

D'autres souvenirs pré-années 2010 me viennent encore en tête. Je me vois dans la chambre "des enfants" chez ma grand-mère, avec dans mes mains le 5ème Tome d'Harry Potter. Le film venait de sortir et je n'avais pas encore eu le temps de terminer le bouquin. Ayant commencé la lecture de la saga littéraire que très tard, je progressais dans l'histoire par les films jusqu'à ce tome là. En me voyant tenir ce livre dans mes mains, je me vois encore l'enfant qui s'épanouissait dans un univers sans trop oser le partager aux autres. Seules quelques personnes savaient mon attachement pour l'univers. Je n'étais pas incollable, je ne le suis toujours pas d'ailleurs. Je ne construisais pas ma vie autour, non plus.

Puis mine de rien, ma vie a commencée à se forger à l'approche de cette décennie 2010. Elle m'a vu grandir, où du moins changer et mûrir. J'ai malheureusement perdu certaines ambitions pour laisser place à d'autres. J'ai changé de vision tel un enfant qui abandonne le rêve de devenir astronautes en restant les pieds sur terre.

Alors que j'avais un très bon niveau en fin de collège, j'ai tout perdu au lycée jusqu'avoir 4 au baccalauréat de mathématiques (dont je ne suis pas fier). Quand je pense au lycée, je pense d'abord à l'adolescent que j'étais. Du moins, il faut que j'accepte l'avoir été d'abord. Je n'aime pas ce mot. C'est cliché, ça rabaisse la personne et ça ne l'a renferme plus qu'autre chose. Mais peut-être devrais-je caser toutes mes pensées qui font mal dans cette case de l'adolescence ? En tout cas, pour moi aussi ces années ont été difficiles. Mais c'est ainsi, car avec du recul, nous passons tous par cette case. Nombreux adultes ne gardent pas un bon souvenir et en preuve, il suffit de voir combien travaillent sur des œuvres de toutes formes qui sont tournés vers les adolescents (vraiment c'est une torture d'écrire ça). J'étais un nerd qui ne l'assumait pas. À vouloir m'ouvrir sur le monde, j'ai cherché à m'ouvrir à d'autres qui ont joués de moi, mais qui m'ont permis de voir toutes mes faiblesses, qui m'ont permis de me remettre en question et qui sans ces personnes, ne m'auraient pas permis d'en apprendre autant sur l'humain. Sans elle, qu'aurais-je été ?

Quand je pense au lycée, je pense aussi à mes meilleurs amis et aussi à une partie de ma famille qui m'a permis d'acquérir une grande partie de ma culture de la SF, de l'informatique, de la littérature, des sciences et du cinéma. Je me sentais bien en suivant leurs choix, qui m'ont éloigné du seigneur animalier que je voulais être. Et puis avec le divorce de mes parents et le déménagement de ma mère à quelques mètres du cinéma, j'ai commencé à sortir, découvrir les bars, et aller au cinéma.

Voilà l'occasion pour moi de revenir sur des films qui m'ont marqués dans cette décennie. Je pense d'abord à The Social Network de David Fincher, mon film ultime. La vidéo du Ciné-Club de Mr. Bobine qui parle de ce film sur Youtube est le deuxième don du ciel. Ce film est sorti au meilleur moment de ma vie et je me suis identifié au Mark Zuckerberg qui blessé s'est plongé dans la création d'un site internet. Ce film est merveilleusement écrit, joué, accompagné musicalement et surtout réalisé. Puis vient ensuite Her de Spike Jonze, qui représente plus pour moi la réflexion que j'ai tout autour de la vision de l'amour et de la blessure. Puis j'ai tout simplement pris mon pied dans une multitudes de films qui m'ont chacun à leur manière transportés.

Dans un ordre aléatoire : Fury Road, Interstellar, Drive, Whiplash, La La Land, The Grand Budapest Hôtel, White Bird, Coco, How To Train Your Dragons, Cloud Atlas, Réalité, Au revoir Là Haut, Parasite, Premier Contact, Joker, Birdman, Batman V Superman, The Dark Night, Les gardiens de la Galaxie, The Great Gatsby, The Revenant, The Neon Démon, Le Loup de Wallstreet, American Bluff, Captain Fantastic, Swiss Army Man, Horns, Blade Runner 2049, Yesterday, Raiponce, Rocketman, A Ghost Story et je pense en oublier beaucoup...

Les années 2010 ont aussi marquées la fin de la saga Harry Potter au cinéma. C'est aussi à ce moment là que toutes les pages de la décennie se sont écrites en très peu de temps. Ce sont ces années là où j'ai eu mon premier ordinateur rien qu'à moi, où j'ai réalisé mon premier court-métrage au lycée (Scored) et où j'ai commencé à parcourir les forums des nuits blanches entières. Pour les deux parties des "Reliques de La Mort" et puis ensuite lors de la publication du site internet Pottermore, j'ai fais la rencontre virtuelle de Tidjy, Lunay, Raindragon, et toutes ces personnes dont j'ai malheureusement oublié les pseudonymes... au fil du temps  d'abord avec "Harry Potter dans ta ville" (pour savoir quelle ville allait accueillir la projection en avant première de la partie 1), puis la Plume Magique ou encore Pottercon, j'ai peu à peu découvert la communauté francophone d'Harry Potter qui comptait aussi et surtout des passionnés de littérature et d'audiovisuel. C'est d'un coup de tête que j'ai ouvert le site internet Pottermag puis monté tout un projet de WebTV. Ce site internet avait pour moi pour objectif de présenter tous les projets qui se faisaient de part la France et aux frontières. Sans le savoir, ce petit projet m'a ouvert beaucoup de portes. Premières collaborations avec Warner et Sony, partenariats avec d'autres grandes rédactions et associations. Participation aux premiers Bal des Sorciers de Magical Évents non seulement avec qui je travaille désormais mais qui sont également devenus de très bons amis, premières collaborations avec Clément Ferrigno du Pottershow originellement...

De ce premier site internet est né le projet le plus improbables et le plus ambitieux: le Potternetwork, réseau social dédié à l'univers d'Harry Potter développé avec Jérémy (qui m'a tellement apporté) qui m'a vraiment permis de faire face pour la première fois à un travail d'équipe et... J'étais trop jeune encore pour ça, sans aller dans les détails. Malheureusement de ces projets ne reste que l'ombre de tout ça. J'espère un jour récupérer le nom de domaine de Pottermag pour redonner vie aux archives, retrouver la magie que j'avais au travers de ces projets, un jour, via Wizard's Alley qui je l'espère parviendra à devenir quelque chose à part entière. Plus mûre, plus ambitieux, plus stable.

Je repense aussi aux premiers sketchs écrits avec Clément qui deviendra par la suite un ami de grande importance et avec qui nous avons fondés Berry's Pictures. Tous les contacts au travers de mes projets "Harry Potter" m'ont confortés dans mon rêve de faire du cinéma à mon tour et de raconter des histoires. Alors je me suis lancé. L'écriture de Planitka passait par là d'ailleurs. Je me souviens des premières vidéos (certaines idées seraient bonnes à reprendre) et quand je regarde le chemin que nous avons parcouru, cela fait tout de même 10 ans qu'on partage la même vision des choses et qu'on ne lâche rien pour toujours plus apprendre du cinéma.

J'ai alors quitté le lycée et j'ai décidé de faire mes études dans le cinéma. Un peu raté, car c'est finalement à l'IUT de Blois où j'ai fais mes études, en parallèle de mes petits projets de productions de vidéos pour Magical Évents ou de l'ouverture de mon blog où j'ai commencé à écrire (avant de faire une pause, par manque de temps). J'ai alors découvert Jonathan, puis renoué avec Valentin. Puis Anthony qui a été d'une grande inspiration dans la manière de voir la création. Tout est allé si vite. J'ai eu mes premiers jobs. Monteur à Orléans... Et c'est là où j'ai fais le choix de créer Berry's Pictures.

Nous avons traversés des hauts et des bas. Nous avons fait d'incroyables rencontres, malheureusement tout ne s'est pas passé pour le mieux. J'ai fais des erreurs, comme j'ai fais des choix que je ne regrette pas. Mais aujourd'hui, je continue de croire fort en notre projet. Nous avons tout en main, nous avons pleins d'histoires à raconter. Il nous faudra du temps mais je suis confiant. Ce n'est pas facile, nous ne nous sommes pas encore trouvés et nous n'avons pas encore créé d'œuvre qui nous a marqué ou touché nous d'abord. Nous n'avons pas encore sût encore raconter l'histoire ultime de nos coeurs. Mais je sais que nous réussirons un jour.

Avec tout ça, je ne suis plus l'adolescent que j'étais il y a 10 ans et je suis fier de tout ce que j'ai vécu.

J'ai commencé à voyager, découvrir des nouveaux territoires. J'ai découvert d'autres cultures. Surtout celle de l'Angleterre avec l'organisation des Jeux Olympiques de 2012 qui a été un évènement marquant pour moi, notamment par sa cérémonie d'ouverture réalisée par Danny Boyle (Trainspotting) qui est pour moi encore à ce jour le plus grand spectacle télévisuel. Puis en 2013 j'ai fais le grand pas. Je me suis lancé dans Doctor Who (voir mon précédent article disponible ici). C'est une tout autre dimension de la création que j'ai découvert via cette série. Depuis l'épisode anniversaire des 50 ans en 2013, je n'ai jamais vécu autant d'émotions face aux personnages qui parcourent tous les styles possibles et imaginables du cinéma dans un pur univers de science-fiction inépuisable.

Les années 2010 ne ressembleront à aucune autre pour moi. Le paysage audiovisuel a changé avec l'avènement de Netflix en France, la montée en puissance de Disney à Hollywood avec les rachats de Marvel et Star Wars en tête de liste pour finir à ce jour sur le rachat de la Fox, Youtube est devenu la principale plateforme de création libre et indépendante... J'ai vu tout cela changer et c'est ce qui fera à jamais ma culture d'Européen passionné de cinéma.

Alors que Star Wars inspire beaucoup de cinéastes ayant l'âge de réaliser les prochaines trilogies en projets (ou pas), je suis la génération inspirée par les œuvres majeures de 2010. Je suis la génération qui sera nostalgique de cette décennie qui pourtant se fait dénaturer par celle des années 1980 (Stranger Things, Gardiens de la Galaxie, bars rétros, remakes de vieux films, adaptation de vieilles BD et vieux romans, albums rétro futuristes tel que Muse avec Simulation Theory)…

La société a changée en ces 10 années et cela s'est aussi vu par les séries télévisées ou les grandes saga au cinéma. Les Hunger Games (livres comme les films) ne m'ont pas laissé indifférents. Les sujets tels que l'Effondrement de notre société non plus. Nombreux se posent des questions sur la montée des nouvelles technologies (Black Mirror, Years and Years), de grandes histoires ont pris fin (Game Of Thrones, The Big Bang Theory, Silicon Valley...). L'humain n'a jamais été aussi ouvert sur les différences et paradoxalement n'a jamais eu autant peur du jugement (The Handmain's Tale, Orange Is The New Black, les Internettes, The OA, Sense 8...). Il n'a jamais eu aussi peur de grandir et de sortir de son passé (Master Of None, Bojack Horsman, Umbrekable Kimmy Schmitt)...

Si je souhaitais en parler aussi profondément par cet hommage à cette dernière décennie, c'est parce que je dois cela aux lecteurs de mon blog qui sont toujours là depuis le début. Et que je dois cela à toutes les personnes que j'ai rencontré et à qui j'aimerais laisser une trace de l'histoire quelque part. Cette décennie m'aura laissé un immense héritage dont j'espère faire quelque chose.

Malgré certains démons qui sont en moi et qui ne sont que des cicatrices de cette décennie, je n'ai plus peur de l'amour qui me comble depuis presque deux ans et qui m'apporte toutes les forces dont j'ai de plus en plus besoin. J'espère que cela durera et que cela nous aidera à passer les barrières dont nous faisons faces.

Où serais-je dans 10 ans ? Où serons-nous dans 10 ans ? Nous côtoierons la mort et la difficulté, sans doute un peu plus, nous perdrons des proches. Mais j'espère que l'art de créer et ainsi externaliser nous permettrons de transformer ces douleurs en de belles choses.

J'ai tellement de choses à dire de ces années 2010 et de ce qui sera à venir.