“Sense8” par Andy, Lana Wachowski & J. Michael Straczynski.

Produite par Weinstein Company, la première saison est disponible depuis le 5 juin dernier sur Netflix. Si vous êtes un bon mangeur de série de qualité, elle n’est pas à manquer. Si vous êtes cinéphile, vous retrouverez le génie de la famille Wachowski que nous pensions avoir perdu récemment au cinéma.

Illustration “Sense8” par Andy, Lana Wachowski & J. Michael Straczynski.

L’histoire tourne autour de huit personnes, réparties à travers le monde, qui deviennent soudainement connectées sur les plans intellectuel, émotionnel et sensoriel. La série explore des thèmes que ses réalisateurs pensent être généralement ignorés par les séries de sciences fictions, notamment la politique, l’identité, la sexualité, le genre et la religion.

Un véritable recueil

Ne soyez pas perdu dès la toute première scène, qui plonge le spectateur dans un flou face à l’évènement déclenchant le lien spirituel, la connexion entre les personnages et la formation “du cercle”. Sense8 est un peu comme un recueil de questions des frères Wachowski reconvertis sous différentes facettes. Larry est devenu Lana, et cela influence considérablement cette œuvre à part entière. La série évolue clairement dans une copie de notre société du monde entier par des personnages de cultures différentes. Bien que la mondialisation ai touché chacun des personnages de Londres, San Francisco, Chicago, Nairobi, Séoul, Mexico, Berlin ou Mumbay, la force de la série est de faire évoluer le récit dans des environnements très riches de point de vu politique et culturel différent.

Politiquement

La première chose à noter est l’introduction d’une femme trans et d’un homosexuel, des personnages très importants dans la série. Alors que la loi sur le mariage gay vient d’être définitivement mise en place aux États-Unis, un risque a été pris par les producteurs et les réalisateurs. Rares sont les séries ou les films qui parlent ouvertement du sujet de l’homosexualité ou du changement de sexe. Le début de la série est effectivement très marqué par la peur des autres par Nomi Marks (née Michael Marks) et l’acceptation de sa famille. Est-ce un message porté par Lana, qui est également passée par le même chemin que son personnage ? Rien que par ce risque et une position très favorable, la série porte un intérêt politique très fort et très encourageant. Certes, il s’agit là d’une question politique qui ne touche pour le moment qu’une moitié du monde. Dans l’autre, la femme n’est pas encore respectée à sa juste valeur. Plus tard, nous découvrons en effet que la position de la femme en Corée est très différentes de celle des hommes. Sun Bak a une place importante dans la société de son père, mais c’est elle qui doit porter le coup de la connerie de son frère qui les met tous en danger. C’est elle qui doit porter le fardeau, alors qu’elle n’avait aucun respect de son père. Les choses s’arrangent suivant les épisodes. D’autres questions plus sous-entendues interviennent avec les autres personnages. Mais je ne vous en parle volontairement pas, pour atteindre votre curiosité. Car les autres questions sont d’autant plus intéressantes. Tout cela signe un scénario très riche et très intéressant.

Offrant un scénario surprenant et original

Sense8, c’est tout d’abord un scénario très riche et rempli de rebondissement. L’histoire avance doucement, mais d’une manière naturelle qui nous reproche de plus en plus des personnages. Et ce, parallèlement au rapprochement de plus en plus fort de chacun. Hormis le côté politique évoqué précédemment, la patte Wachowski est également marquante par le travail de l’image, du son et de la réalisation.

Une fabuleuse réalisation signant un retour de ce que l’on aime des Wachowski.

La richesse du scénario, et cette ouverture psychologique permet aux réalisateurs d’offrir des paysages et images d’une très grande qualité. Les Wachowski montrent une nouvelle fois leur travail minutieux du montage et du traitements de l’image. Devant la caméra, les acteurs mettent également beaucoup du leur. Miguel Ángel Silvestre et Tuppence Middleton, jouant respectivement les rôles de Lito Rodriguez et de Riley Blue ont peut-être les jeux d’acteurs les plus convaincant !

Un long poème

Alors que la série devient progressivement très sombre, notamment par la violence qui entoure la vie des personnages Wolfgang Bogdanow (Max Riemelt) & Capheus van Damnne (Aml Ameen) , la série est dans son ensemble une très longue poésie. Cette poésie est d’autant plus forte par une présence très prononcée de la musique. La bande originale est un mélange de morceaux spécialement composés (par Johnny Klimek) pour accompagner les moments les plus important et de morceaux faisant hommage aux cultures musicales du monde entier.

Des scènes et des dialogues là pour humaniser les personnages proches de la caricature.

Certaines scènes sont très très drôles. Des clins d’œil sont dissimulés parfois subtilement pour attirer votre petit sourire lorsque vous avez puisé dans vos réserves de larmes aux scènes précédentes.

La série est parfois sombre et masculinisé: des scènes de cambriolages, de courses poursuites ou de bastons donnent un rythme à la série qui peine parfois à avancer par de longs dialogues. La série fait preuve d’originalité dans de nombreux points, mais parfois elle s’approche de la caricature. Un petit défaut qui se corrige au fil des épisodes.

En conclusion

Je ne peux que vous conseiller cette série qui doit certainement rassurer les fans des Wachowski dont nous pensions avoir perdu avec Jupiter Ascending. Si comme moi vous aimez le monde artistique, la série ne vous sera qu’inspirante. Cinéphiles comme sérievores, elle va vous paraître comme un véritable chef d’œuvre aussi excitant que les autres productions Netflix.